Festival d’Annecy 2026 – Vlog d’un rédacteur au festival du film d’animation

JOUR 1 – Peleliu, Guernica of paradise
Premier jour, nous arrivons à Annecy pour participer à cette nouvelle édition du
festival du film d’animation. Tout juste arrivés, nous filons à la Scène Nationale
de Bonlieu. Nous y récupérons notre accréditation et allons sans plus tarder à
notre première projection. Nous y retrouvons cette année encore, un public
énergique et chaleureux, malgré la canicule.
Les avions en papier planent jusqu’à la scène sous les applaudissements.
Les plus attentifs crient “lapin” en apercevant la mascotte du festival, bondissante à l’écran.
Tandis que la lumière décline, un spectateur un “ça va être tout noir” auquel la foule répond d’une seule et même voix “Ta gueule !” Une énergie familière si non familiale, aux antipodes de
l’énergie Cannoise. Démarre alors notre première projection de courts-métrages,
marquée par une omniprésence du gore et d’un humour particulièrement grinçant.
Sang et crème glacée coulent à flot, tandis que squelettes et serpents bariolés
dansent à qui mieux-mieux.
Une première bouchée assez amère diront certains,
mais la qualité des courts-métrages commence tout de même plutôt bien le
festival.
Le soir même, après avoir dégusté une marinara, nous allons cette fois-ci au Pathé
de l’avenue de Brogny pour assister à la projection de Peleliu, Guernica of
paradise. Dès notre entrée dans le bâtiment, nous sommes subjugués par
l’impressionnant mur de friandises qui s’élève face à nous. Une fois installés dans
la salle, nous sentons la fraicheur regagner la pièce, tandis que la lumière s’éteint
sous les bruits de bouche des spectateurs. Soudain plus un bruit... L’écran se
rallume pour dévoiler l’océan bordant l’ile de Peleliu. Ayant particulièrement
apprécié le manga de Kazuyoshi Takeda et Masao Hiratsuka, nous sommes
absolument ravis de voir son adaptation sur le grand écran. Néanmoins, nous
sommes dans un premier temps, assez surpris par l’esthétique du film.
Sa colorimétrie nous parait en effet à prime abord assez peu innovante.
Plus encore, celle-ci nous parait trop lumineuse et bariolée pour un film traitant d’un
sujet aussi grave que la seconde guerre mondiale. Néanmoins, la colorimétrie
montre progressivement sa cohérence avec le propos et l’esthétique générale du
film. En effet, lans Peleliu, les personnages sont en effet représentés avec un style
chibi. Si, ce style venu du japon s’est étendu à un grand nombre d’animes, de par
sa popularité et son aspect humoristique ; dans Peleliu, celui trouve un tout autre
sens. L’innocence dans les traits des personnages crée un contraste plutôt
intéressant avec la violence des combats et la gravité des thématiques. Peleliu
s’impose ainsi comme une satire de la guerre et de l'orgueil démentiel des
hommes. La colorimétrie bariolée trouve ainsi tout son sens, tandis que la
“guernica” qui oppose les japonais aux américains réduit le paradis insulaire de
Peleliu à feu et à sang. Sous nos yeux, les fusées de détresse éclairent le ciel de
teintes rouges et vertes, et s’élèvent sans un bruit, tels un bouquet final éhonté
sinon muet. L’esthétique du film nous marque également par le travail approfondi
effectué autour de la profondeur de champ et la multitude de plans d’insert, assez
inhabituels dans la japanimation. Nous avons également pu noter le recours à
différentes techniques, à la qualité et à la fluidité variable. Le recours à la 3D
s’intègre plus ou moins efficacement aux décors et aux personnages en dessin
animé.
Le film jouit également d’un rythme plutôt dynamique sans basculer dans le
bombardement de péripéties, ce qu’un format sériel aurait sans doute peiné à faire
avec autant de succès. L’alternance intelligente de séquences de batailles et de
scènes de vie plus contemplatives nous permet de découvrir des personnages
profondément ambivalents, tantôt froids et cruels, tantôt fragilisés et vulnérables.
Là où avec Porco Rosso, Miyazaki montrait combien la guerre replaçait au mieux
les hommes au statut des bêtes, Peleliu montre combien la guerre rend les
hommes déséquilibrés et imprévisibles. Certes, les deux films sont d’une qualité
et d’une profondeur tout simplement incomparables, mais Peleliu traite tout de
même, un propos complexe, et ce, avec une rigueur appréciable. Ses personnages
sont crédibles, mais ne font ni office de héros, ni de cibles faciles ou d’arrache-larmes.
De fait, si le film se place du point de vue d’un soldat japonais et
représente dans un premier temps, les soldats américains comme une menace, ces
derniers ne sont pas trop diabolisés.

JOUR 2 – Winnipeg, Seeds of hope
Après une grasse matinée, nous commençons notre deuxième journée à 12h30
pour voir le film d’animation hispano-chilien et argentin, Winnipeg, Seeds of
hope. Rapidement, le film nous déplait par son animation saccadée voire
paresseuse. Les personnages faisant office de figurants demeurent figés sur une
émotion caricaturale, et les protagonistes devraient tourner sept fois leur langue
dans leur bouche avant de parler.
Le Winnipeg, figure éponyme du long-métrage semble n’être qu’un rafiot immobile sur une mer trop timide pour danser. Même le design des personnages en lui-même est assez laid et souffre d’autant plus de cet arrêt sur image perpétuel.
C’est dommage, car la narration ne part pas du mauvais pied, mais l’esthétique du film est si non risible, éprouvante. Chaque
séquence attise hélas les soupiraux par son émotion mal représentée et sa musique
qui parait ainsi fanfaronne. Le film était supposé résonner avec l’actualité, mais
il sonne malheureusement plutôt creux...
La nuit venue, nous retournons en salle pour assister à une nouvelle projection de
courts-métrages qui brillent tous par leurs montages déstructurés particulièrement
bien effectués.

JOUR 3 – The keeper of the camphor tree
Nous commençons notre troisième journée par la projection de The keeper of the
camphor tree : un nouvel anime japonais qui s’impose cette fois-ci comme plus
confus, se perdant dans des péripéties inintéressantes qui nous font perdre le fil.
Si le gardien du camphrier s’impose comme le personnage principal, sa
responsabilité est peu expliquée et sa clarification parait de fait un peu trop
brusque.
Alors que le titre nous poussait à imaginer des superbes décors naturels,
la plupart des scènes se passe dans des décors urbains ternes et peu captivants.
L’essentiel des séquences est en effet marqué par une esthétique assez banale et
par une colorimétrie au goût assez fade. Le gardien du camphrier peut néanmoins
se vanter d’être également un bon gardien du temps, le film jouissant tout de
même d’un rythme assez dynamique.
Nous avons l’immense plaisir de conclure cette troisième journée par une
projection de courts-métrages sous l’intitulé de l’inquiétante étrangeté, puis d’une
rencontre avec le grand Alfonso Cuaron, connu notamment pour avoir réalisé
Gravity, ainsi que le troisième volet de la saga Harry Potter.
Celui-ci nous aborde entre autres, sa vision complexe de l’Intelligence Artificielle, ainsi que son recours à l’animation et à la CGI dans ses films.

JOUR 4 – Exposition Ankama
Le soleil pâlot éclaire les bords du lac d’Annecy, baignant ce quatrième jour
d'une lueur. Conscients que nous sommes désormais plus près de la fin du
séjour que du début, nous marchons d’un pas lent, mais assuré, en direction de
l’exposition dédiée à Ankama. Nous sommes ravis de voir que le studio derrière
Dofus et Wakfu nous a préparé une exposition aux sommets. Une vidéo de
présentation signée Anthony Roux nous accueille dès nos premiers pas.
Nous retombons bien vite en enfance face à l’écran géant diffusant dans l’ordre
chronologique les différentes productions du géant de l’animation et du jeu-
vidéo français. La galerie a pris les couleurs de la caverne d’Alibaba, grouillant
de figurines et d’hologrammes. Seul le film Mutafukaz manque à l’appel, mais
Wakfu et Dofus dérobent rapidement toute notre attention et notre curiosité, plus
ogresques que quarante fripons...

JOUR 5 – Un monde entre nous, Tangles
Nous ouvrons notre avant-dernière journée de festival sur une projection de
courts-métrages au Pathé, suivie bien vite par une conférence du CNC à
l’Imperial Palace. Après avoir mangé un sandwitch à la va-vite, nous filons voir
Un monde entre nous (We are Aliens) à Bonlieu. Le film d’animation franco-
japonais signé Kohei Kadowaki nous maque immédiatement par son esthétique
assez atypique, mêlant dessin animé traditionnel et 3D, avec un aspect
particulièrement crayonné qui rend les expressions des personnages plus
caricaturales, voire effrayantes : un choix visuel qui fonctionne d’ailleurs à
merveille avec le ton du film. Un monde entre nous jouit en effet d’une belle
variété de registres qui se chevauchent assez intelligemment, mêlant horreur,
humour et drame. Les protagonistes sont qui plus est, assez complexes. Leurs
point de vue sont étudiés en deux parties distinctes scindant violemment cette
œuvre qu’on ne saurait qualifier en d’autres termes, que grinçante, étrange et
inquiétante.

À peine sorti de la grande salle de Bonlieu, nous y pénétrons à nouveau, tout
juste remis de nos émotions et de nos interrogations. À cet instant, nous sommes
bien loin de savoir que la claque que nous sommes sur le point de recevoir est
d’une brutalité incomparable à la précédente. Pour cause, Tangles est un film
absolument bouleversant, traitant de la maladie de l’Alzheimer avec une très
belle justesse et un équilibre intelligent entre humour et émotion.
Au cours de la projection, nous avons plaisir à entendre les spectateurs rire aux éclats ou
renifler à l’unisson. L’évolution des personnages au cœur de la narration est
particulièrement touchante, tout en demeurant crédible. Dès la première
séquence, la relation mère-fille est immédiatement installée. On y découvre une
petite fille effrayée à l’idée de s’endormir et de faire des cauchemars. Sa mère,
pour ne pas dire son héroïne, arrive alors et à la manière d’une maitre jedi,
écarte ses craintes et met les monstres s’extirpant du papier peint hors d’état de
nuire. La menace est exterminée, mais laisse bien vite place à une menace
contre laquelle même la plus charismatique des héroïnes ne peut rien. Une
menace fantôme, énergivore qui dévore les souvenirs avec un appétit toujours
plus insatiable. C’est alors à la jeune padawan d’accompagner son maitre dans
un chemin qui s’annonce périlleux et incertain.
L’atout majeur de Tangles réside ainsi peut-être dans sa façon de construire
avec précision l’évolution de ses personnages. Un enjeu forcément majeur dans
un film ayant pour sujet principal une maladie dégénérative telle que
l’Alzheimer. Néanmoins, la mère et la fille sont loin d’être les seuls
personnages à avoir droit à un tel développement. La relation de la protagoniste
avec sa sœur est également à plusieurs reprises, remise sur le tapis. La
protagoniste, attirant particulièrement l’empathie du spectateur, l’on a d’abord
tendance à juger sa soeur, déconnectée voire antipathique. Néanmoins, celle-ci
nous est progressivement plus sympathique. Elle est certes imparfaite, mais elle
l’est tout autant que la protagoniste.
Le film jouit également d’une esthétique plutôt plaisante avec une animation
globalement bien réalisée et une belle colorimétrie. Celle-ci ai marqué par un
recours au noir et blanc auxquels s’ajoutent parfois de discrètes touches de
couleurs, un choix esthétique assez marqué qui nous a rappelé le clip du
morceau Do I wanna know de Arctic Monkeys.

JOUR 6 – Exposition Wildwood
Nous achevons notre sixième et dernière journée avec une exposition dédiée à
Wildwood, la future production du célèbre studio de stop-motion Laïka, derrière
Coraline et les BoxTrolls. Nous avons la chance d’y découvrir quelques
marionnettes aux détails une fois encore impressionnants, ainsi que des décors
absolument grandioses. Nous sortons ainsi l’exposition, impatients que ce futur
bijou d’animation sorte en salle, afin de vous en livrer une critique une fois
encore passionnée.
Nous quittons ainsi Annecy, le cœur lessivé, mais les yeux pleins d’étoiles. Le
festival a rendu l’essentiel visible pour nos yeux. Il réside dans la passion
cinéphilique chantée par la réunion de nos regards écarquillés. Le cinéma est un
art qui nous réunit dans un même espace tamisé, nos regards bariolés soudain
éclairés par la même lumière.




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