top of page

Festival d’Annecy 2026 – Vlog d’un rédacteur au festival du film d’animation

gaspardflory
31 août
8 min de lecture

Le Violoniste remporte le cristal du long-métrage d’animation 2026
Le Violoniste remporte le cristal du long-métrage d’animation 2026

JOUR 1Peleliu, Guernica of paradise


Premier jour, nous arrivons à Annecy pour participer à cette nouvelle édition du

festival du film d’animation. Tout juste arrivés, nous filons à la Scène Nationale

de Bonlieu. Nous y récupérons notre accréditation et allons sans plus tarder à

notre première projection. Nous y retrouvons cette année encore, un public

énergique et chaleureux, malgré la canicule.


Les avions en papier planent jusqu’à la scène sous les applaudissements.

Les plus attentifs crient “lapin” en apercevant la mascotte du festival, bondissante à l’écran.

Tandis que la lumière décline, un spectateur un “ça va être tout noir” auquel la foule répond d’une seule et même voix “Ta gueule !” Une énergie familière si non familiale, aux antipodes de

l’énergie Cannoise. Démarre alors notre première projection de courts-métrages,

marquée par une omniprésence du gore et d’un humour particulièrement grinçant.

Sang et crème glacée coulent à flot, tandis que squelettes et serpents bariolés

dansent à qui mieux-mieux.


Une première bouchée assez amère diront certains,

mais la qualité des courts-métrages commence tout de même plutôt bien le

festival.


Le soir même, après avoir dégusté une marinara, nous allons cette fois-ci au Pathé

de l’avenue de Brogny pour assister à la projection de Peleliu, Guernica of

paradise. Dès notre entrée dans le bâtiment, nous sommes subjugués par

l’impressionnant mur de friandises qui s’élève face à nous. Une fois installés dans

la salle, nous sentons la fraicheur regagner la pièce, tandis que la lumière s’éteint

sous les bruits de bouche des spectateurs. Soudain plus un bruit... L’écran se

rallume pour dévoiler l’océan bordant l’ile de Peleliu. Ayant particulièrement

apprécié le manga de Kazuyoshi Takeda et Masao Hiratsuka, nous sommes

absolument ravis de voir son adaptation sur le grand écran. Néanmoins, nous

sommes dans un premier temps, assez surpris par l’esthétique du film.

Sa colorimétrie nous parait en effet à prime abord assez peu innovante.


Plus encore, celle-ci nous parait trop lumineuse et bariolée pour un film traitant d’un

sujet aussi grave que la seconde guerre mondiale. Néanmoins, la colorimétrie

montre progressivement sa cohérence avec le propos et l’esthétique générale du

film. En effet, lans Peleliu, les personnages sont en effet représentés avec un style

chibi. Si, ce style venu du japon s’est étendu à un grand nombre d’animes, de par

sa popularité et son aspect humoristique ; dans Peleliu, celui trouve un tout autre

sens. L’innocence dans les traits des personnages crée un contraste plutôt

intéressant avec la violence des combats et la gravité des thématiques. Peleliu

s’impose ainsi comme une satire de la guerre et de l'orgueil démentiel des

hommes. La colorimétrie bariolée trouve ainsi tout son sens, tandis que la

“guernica” qui oppose les japonais aux américains réduit le paradis insulaire de

Peleliu à feu et à sang. Sous nos yeux, les fusées de détresse éclairent le ciel de

teintes rouges et vertes, et s’élèvent sans un bruit, tels un bouquet final éhonté

sinon muet. L’esthétique du film nous marque également par le travail approfondi

effectué autour de la profondeur de champ et la multitude de plans d’insert, assez

inhabituels dans la japanimation. Nous avons également pu noter le recours à

différentes techniques, à la qualité et à la fluidité variable. Le recours à la 3D

s’intègre plus ou moins efficacement aux décors et aux personnages en dessin

animé.


Le film jouit également d’un rythme plutôt dynamique sans basculer dans le

bombardement de péripéties, ce qu’un format sériel aurait sans doute peiné à faire

avec autant de succès. L’alternance intelligente de séquences de batailles et de

scènes de vie plus contemplatives nous permet de découvrir des personnages

profondément ambivalents, tantôt froids et cruels, tantôt fragilisés et vulnérables.

Là où avec Porco Rosso, Miyazaki montrait combien la guerre replaçait au mieux

les hommes au statut des bêtes, Peleliu montre combien la guerre rend les

hommes déséquilibrés et imprévisibles. Certes, les deux films sont d’une qualité

et d’une profondeur tout simplement incomparables, mais Peleliu traite tout de

même, un propos complexe, et ce, avec une rigueur appréciable. Ses personnages

sont crédibles, mais ne font ni office de héros, ni de cibles faciles ou d’arrache-larmes.


De fait, si le film se place du point de vue d’un soldat japonais et

représente dans un premier temps, les soldats américains comme une menace, ces

derniers ne sont pas trop diabolisés.


Une esthétique infantile contrastant intelligemment avec la gravité du propos
Une esthétique infantile contrastant intelligemment avec la gravité du propos

JOUR 2 Winnipeg, Seeds of hope


Après une grasse matinée, nous commençons notre deuxième journée à 12h30

pour voir le film d’animation hispano-chilien et argentin, Winnipeg, Seeds of

hope. Rapidement, le film nous déplait par son animation saccadée voire

paresseuse. Les personnages faisant office de figurants demeurent figés sur une

émotion caricaturale, et les protagonistes devraient tourner sept fois leur langue

dans leur bouche avant de parler.


Le Winnipeg, figure éponyme du long-métrage semble n’être qu’un rafiot immobile sur une mer trop timide pour danser. Même le design des personnages en lui-même est assez laid et souffre d’autant plus de cet arrêt sur image perpétuel.


C’est dommage, car la narration ne part pas du mauvais pied, mais l’esthétique du film est si non risible, éprouvante. Chaque

séquence attise hélas les soupiraux par son émotion mal représentée et sa musique

qui parait ainsi fanfaronne. Le film était supposé résonner avec l’actualité, mais

il sonne malheureusement plutôt creux...

La nuit venue, nous retournons en salle pour assister à une nouvelle projection de

courts-métrages qui brillent tous par leurs montages déstructurés particulièrement

bien effectués.


Malgré l’importance de son propos, Winnipeg s’impose hélas comme un naufrage cinématographique
Malgré l’importance de son propos, Winnipeg s’impose hélas comme un naufrage cinématographique

JOUR 3The keeper of the camphor tree


Nous commençons notre troisième journée par la projection de The keeper of the

camphor tree : un nouvel anime japonais qui s’impose cette fois-ci comme plus

confus, se perdant dans des péripéties inintéressantes qui nous font perdre le fil.

Si le gardien du camphrier s’impose comme le personnage principal, sa

responsabilité est peu expliquée et sa clarification parait de fait un peu trop

brusque.


Alors que le titre nous poussait à imaginer des superbes décors naturels,

la plupart des scènes se passe dans des décors urbains ternes et peu captivants.

L’essentiel des séquences est en effet marqué par une esthétique assez banale et

par une colorimétrie au goût assez fade. Le gardien du camphrier peut néanmoins

se vanter d’être également un bon gardien du temps, le film jouissant tout de

même d’un rythme assez dynamique.


Nous avons l’immense plaisir de conclure cette troisième journée par une

projection de courts-métrages sous l’intitulé de l’inquiétante étrangeté, puis d’une

rencontre avec le grand Alfonso Cuaron, connu notamment pour avoir réalisé

Gravity, ainsi que le troisième volet de la saga Harry Potter.

Celui-ci nous aborde entre autres, sa vision complexe de l’Intelligence Artificielle, ainsi que son recours à l’animation et à la CGI dans ses films.


Le gardien du camphrier s’impose davantage comme un divertissement que comme une véritable œuvre spirituelle ou poétique
Le gardien du camphrier s’impose davantage comme un divertissement que comme une véritable œuvre spirituelle ou poétique

JOUR 4 Exposition Ankama


Le soleil pâlot éclaire les bords du lac d’Annecy, baignant ce quatrième jour

d'une lueur. Conscients que nous sommes désormais plus près de la fin du

séjour que du début, nous marchons d’un pas lent, mais assuré, en direction de

l’exposition dédiée à Ankama. Nous sommes ravis de voir que le studio derrière

Dofus et Wakfu nous a préparé une exposition aux sommets. Une vidéo de

présentation signée Anthony Roux nous accueille dès nos premiers pas.


Nous retombons bien vite en enfance face à l’écran géant diffusant dans l’ordre

chronologique les différentes productions du géant de l’animation et du jeu-

vidéo français. La galerie a pris les couleurs de la caverne d’Alibaba, grouillant

de figurines et d’hologrammes. Seul le film Mutafukaz manque à l’appel, mais

Wakfu et Dofus dérobent rapidement toute notre attention et notre curiosité, plus

ogresques que quarante fripons...


Le studio derrière Dofus, Wakfu, mais aussi Mutafukaz nous offre une exposition d’une richesse inestimable
Le studio derrière Dofus, Wakfu, mais aussi Mutafukaz nous offre une exposition d’une richesse inestimable

JOUR 5 Un monde entre nous, Tangles


Nous ouvrons notre avant-dernière journée de festival sur une projection de

courts-métrages au Pathé, suivie bien vite par une conférence du CNC à

l’Imperial Palace. Après avoir mangé un sandwitch à la va-vite, nous filons voir


Un monde entre nous (We are Aliens) à Bonlieu. Le film d’animation franco-

japonais signé Kohei Kadowaki nous maque immédiatement par son esthétique


assez atypique, mêlant dessin animé traditionnel et 3D, avec un aspect

particulièrement crayonné qui rend les expressions des personnages plus

caricaturales, voire effrayantes : un choix visuel qui fonctionne d’ailleurs à

merveille avec le ton du film. Un monde entre nous jouit en effet d’une belle

variété de registres qui se chevauchent assez intelligemment, mêlant horreur,

humour et drame. Les protagonistes sont qui plus est, assez complexes. Leurs

point de vue sont étudiés en deux parties distinctes scindant violemment cette

œuvre qu’on ne saurait qualifier en d’autres termes, que grinçante, étrange et

inquiétante.


Une oeuvre riche et imprévisible par la complexité de sa structure et de ses personnages
Une oeuvre riche et imprévisible par la complexité de sa structure et de ses personnages

À peine sorti de la grande salle de Bonlieu, nous y pénétrons à nouveau, tout

juste remis de nos émotions et de nos interrogations. À cet instant, nous sommes

bien loin de savoir que la claque que nous sommes sur le point de recevoir est

d’une brutalité incomparable à la précédente. Pour cause, Tangles est un film

absolument bouleversant, traitant de la maladie de l’Alzheimer avec une très

belle justesse et un équilibre intelligent entre humour et émotion.


Au cours de la projection, nous avons plaisir à entendre les spectateurs rire aux éclats ou

renifler à l’unisson. L’évolution des personnages au cœur de la narration est

particulièrement touchante, tout en demeurant crédible. Dès la première

séquence, la relation mère-fille est immédiatement installée. On y découvre une

petite fille effrayée à l’idée de s’endormir et de faire des cauchemars. Sa mère,

pour ne pas dire son héroïne, arrive alors et à la manière d’une maitre jedi,

écarte ses craintes et met les monstres s’extirpant du papier peint hors d’état de

nuire. La menace est exterminée, mais laisse bien vite place à une menace

contre laquelle même la plus charismatique des héroïnes ne peut rien. Une

menace fantôme, énergivore qui dévore les souvenirs avec un appétit toujours

plus insatiable. C’est alors à la jeune padawan d’accompagner son maitre dans

un chemin qui s’annonce périlleux et incertain.


L’atout majeur de Tangles réside ainsi peut-être dans sa façon de construire

avec précision l’évolution de ses personnages. Un enjeu forcément majeur dans

un film ayant pour sujet principal une maladie dégénérative telle que

l’Alzheimer. Néanmoins, la mère et la fille sont loin d’être les seuls

personnages à avoir droit à un tel développement. La relation de la protagoniste

avec sa sœur est également à plusieurs reprises, remise sur le tapis. La

protagoniste, attirant particulièrement l’empathie du spectateur, l’on a d’abord

tendance à juger sa soeur, déconnectée voire antipathique. Néanmoins, celle-ci

nous est progressivement plus sympathique. Elle est certes imparfaite, mais elle

l’est tout autant que la protagoniste.


Le film jouit également d’une esthétique plutôt plaisante avec une animation

globalement bien réalisée et une belle colorimétrie. Celle-ci ai marqué par un

recours au noir et blanc auxquels s’ajoutent parfois de discrètes touches de

couleurs, un choix esthétique assez marqué qui nous a rappelé le clip du

morceau Do I wanna know de Arctic Monkeys.


Tangles, un coup de cœur immédiat et mémorable
Tangles, un coup de cœur immédiat et mémorable

JOUR 6 – Exposition Wildwood


Nous achevons notre sixième et dernière journée avec une exposition dédiée à

Wildwood, la future production du célèbre studio de stop-motion Laïka, derrière

Coraline et les BoxTrolls. Nous avons la chance d’y découvrir quelques

marionnettes aux détails une fois encore impressionnants, ainsi que des décors

absolument grandioses. Nous sortons ainsi l’exposition, impatients que ce futur

bijou d’animation sorte en salle, afin de vous en livrer une critique une fois

encore passionnée.

Nous quittons ainsi Annecy, le cœur lessivé, mais les yeux pleins d’étoiles. Le

festival a rendu l’essentiel visible pour nos yeux. Il réside dans la passion

cinéphilique chantée par la réunion de nos regards écarquillés. Le cinéma est un

art qui nous réunit dans un même espace tamisé, nos regards bariolés soudain

éclairés par la même lumière.

Commentaires


Post: Blog2_Post

© 2024 / L U M I È R E

bottom of page