GARANCE-CRITIQUE D'UN FILM LOIN DE LA MISERICORDE


JEANNE HERRY, ÉGÉRIE D’UN CINÉMA HUMAIN ET SENSIBLE
Forte de deux films adoubés qui lui ont permis de se faire une solide place dans le paysage du cinéma français, Jeanne Herry poursuit son chemin et propose son troisième long-métrage.
Garance, prénom de son héroïne principale interprétée par Adèle Exarchopoulos, visage omniprésent sur nos écrans depuis plus d'une décennie maintenant, qui figurait déjà au casting de Je verrai toujours vos visages, dans un second rôle marquant sous la direction de Herry.
Autant dire que c’est une collaboration qui opère et fait des étincelles émotionnelles évidentes.
Garance est une actrice talentueuse, galérienne certes, mais talentueuse. Elle jongle entre petits contrats et profite de la vie. Sans doute un peu trop. C’est bien là que se pose le problème : elle ne passe pas une journée sans boire et sa vie lui échappe sans qu’elle réagisse.
LOIN DE LA MISÉRABILITÉ
On pourrait penser que Jeanne Herry a eu pour objectif de faire un film donneur de leçons, moralisateur sur l’alcool et ceux qui en consomment sans modération. Mais non, là n’est pas le but.
Herry dépeint une héroïne résignée, égarée, mais courageuse, qui embrasse la vie et ses obstacles à bras-le-corps, et qui va malgré tout rencontrer le bonheur.
Sara Giraudeau, ce visage si bohème et si solaire que l’on a pu voir assez régulièrement ces dernières années, va croiser la route de Garance et bouleverser son existence.
Car oui, plus de dix ans après La Vie d’Adèle, l’actrice doublement césarisée s’éprend d’une femme pour la seconde fois à l’écran. Et c’est une histoire d’amour magnifique qui fait prendre une autre tournure au récit.

« J’ai pensé à toi à peu près tous les jours. »
Le film compte son lot de moments déchirants, de mots doux et de passages larmoyants, mais non, il n’est pas un film mièvre sur l’alcoolisme, un film désespéré, trop miséricordieux ou impertinent sur le sujet. C’est un film qui parle de l’addiction, d’un combat sans merci pour s’en détacher et de l’importance de l’amour lorsque l’on se trouve dans une situation de détresse.
Garance est un grand film-portrait sur une femme en détresse, sur un personnage qui va découvrir le véritable amour et l’importance d’être aidée et aimée.
Jamais on n’avait parlé avec autant de précision de la manière de se détacher d’une addiction. Sans tomber dans la miséricorde, comme on le disait, Jeanne Herry axe son récit sur des moments solaires lorsqu’elle ne se concentre pas sur Garance : des instants de joie, d’amour, où le soleil vient éclairer son quotidien.
Film courageux, film sincère, film vrai et poignant, qui veut aider son prochain et « sensibilise », d’un certain point de vue, sans pour autant jouer sur la misérabilité de son histoire ni de son héroïne, qui se débat avec elle-même.
Suite logique de deux films combatifs, courageux et moraux qui dépeignent des protagonistes se débattant avec leurs démons, Garance s’inscrit dans cette continuité et prouve la bonne allure et le talent de son autrice pour filmer l’humain et le désespoir, puis sa trajectoire vers la lumière.
Le film est toujours disponible en salles.
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