top of page

La Vie d'Adèle-Palme émotionnelle, palme choc, palme d'amour

Photo du rédacteur: Thibault Jeanroy
Thibault Jeanroy
13 mai
4 min de lecture
Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux dans la Vie d'Adèle
Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux dans la Vie d'Adèle

Le Festival de Cannes édition 2026 vient de donner son coup d'envoi, et avant que le Jury ne se prononce d'ici quinze jours sur la future Palme d'Or, retour sur l'une des Palmes qui a le plus ébranlé la Croisette...


PALME HISTORIQUE


Cérémonie de clôture 2013. Le Président du Jury, Steven Spielberg, annonce une Palme historique qui revient au trio choc de cette année-là : Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux et le réalisateur Abdellatif Kechiche. Les trois sont couronnés, sans grande surprise cela dit, le film partant grand favori.


L'émotion est palpable dans le Grand Théâtre Lumière. L'histoire d'amour entre ces deux jeunes femmes a ébranlé la Croisette, la presse est unanime, et il y a de quoi.

Adapté de la bande dessinée graphique Le Bleu est une couleur chaude de Jul Maroh, et originellement intitulé La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2, le film suit le parcours d'Adèle, jeune lycéenne solitaire et curieuse qui va connaître sa première expérience sentimentale avec un camarade de classe, avant de s'éprendre d'Emma, une artiste établie rencontrée par hasard dans une boîte gay. Les deux femmes vont rapidement se revoir et tomber amoureuses l'une de l'autre.


DE LA CONSÉCRATION À LA CONTROVERSE


Par où commencer ? 2013 est une année qui s'éloigne de plus en plus, et pourtant, le film habite toujours nos mémoires, traversant les années sans que le choc ne se dissipe. L'amour qui lie Emma à Adèle souffle l'écran avec une intensité rare, trop rare.

Devenu une référence du cinéma LGBT, le film de Kechiche a depuis été sujet à de nombreuses controverses qui continuent encore aujourd'hui d'alimenter les débats.

Le comportement même du réalisateur envers ses deux actrices, notamment pour les longues scènes d'intimité, a fortement entaché la réputation du long-métrage.

Une réputation qui l'a poursuivi jusqu'à la projection tumultueuse de Mektoub, My Love: Intermezzo à Cannes en 2019, cette suite de Canto Uno présentant des scènes à caractère sexuel frôlant parfois la pornographie.

Mais là n'est pas le sujet. Vous l'aurez compris : Abdellatif Kechiche et la Croisette, c'est une histoire pleine d'émois.


Mektoub My Love Intermezzo, le film resté inédit à Cannes
Mektoub My Love Intermezzo, le film resté inédit à Cannes

La Vie d'Adèle reste avant tout le film de la consération pour un réalisateur déjà reconnu par la profession avec La Graine et le Mulet ou encore L'Esquive.

Un film, un parcours, celui d'une adolescente qui regarde autour d'elle sans trop voir, qui expérimente sans trop apprécier, et qui tombe amoureuse sans vraiment s'y attendre. Elle vivra alors son premier grand amour sans jamais réellement pouvoir s'en remettre.

Plus qu'une histoire d'amour, une histoire passionnelle. Une histoire où chaque plan vibre à travers le moindre baiser, où chaque geste de tendresse que l'une offre à l'autre semble suspendre le temps.


L'AMOUR, L'ABANDON, LA TRISTESSE… ET ADÈLE !


Justement débattu pour ses longs plans caressant les corps et les ébats de ses deux héroïnes, c'est pourtant ce qui rend le film si émouvant et authentique — dommage que les coulisses soient moins glorieuses. C'est une histoire à laquelle on croit, une histoire qui donne envie d'aimer intensément.


Chaque étape de cette relation captive le spectateur : le premier échange de regards, la rencontre, le moment dans le parc où Emma dessine sa nouvelle muse, puis ce premier instant où elles s'abandonnent l'une à l'autre. On ressent alors une véritable symbiose.

Chaque plan les voit grandir, avancer, seules ou ensemble. La première fois que nous découvrons Adèle, c'est au lycée : hésitante, perdue. Puis, dès lors qu'Emma entre dans sa vie, elle semble se trouver elle-même, éperdue d'amour avant de peu à peu s'épanouir dans sa vie de professeure des écoles, jusqu'à s'accomplir en tant que femme, en tant qu'adulte… quitte à commettre des erreurs.


Le cinéma français a vu Adèle Exarchopoulos grandir depuis ses débuts en 2006 devant la caméra de Jane Birkin avec Boxes. Et bien que l'Adèle qu'elle interprète ici ne corresponde pas à sa propre vie, elle tient sans l'ombre d'un doute son personnage le plus construit et le plus complet, celui qui dévoile toute sa sensibilité autant que sa force brute.

Sa colère, sa fragilité, sa part bohème : Adèle est filmée à travers une multitude de gros plans où son regard égaré dit tout sans qu'aucun mot n'ait besoin d'être prononcé.

Et rien de tout cela n'a disparu aujourd'hui. Il suffit de la voir dans le bouleversant Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry pour le constater, rôle qui lui a d'ailleurs valu le César de la meilleure actrice dans un second rôle.


Adèle Exarchopoulos hypnotique dans la Vie d'Adèle
Adèle Exarchopoulos hypnotique dans la Vie d'Adèle

QUE DE LARMES, FINALEMENT…


Mais on n'oublie pas le moment où tout se déchire. Quand la colère fait vibrer les murs, quand Emma s'emporte et laisse s'abattre sur Adèle une rage qui paraît bien trop réelle, laissant notre héroïne aux cheveux longs le visage noyé dans ses larmes de regrets, complètement vulnérable face à la situation.


Adèle a trahi Emma à ce moment-là de l'histoire, et c'est sans aucun doute l'un des instants les plus déchirants du cinéma français de ces quinze dernières années.

On ressent une réelle fusion entre les deux comédiennes, et Abdellatif Kechiche s'en sert pour livrer des moments de cinéma absolument bouleversants.


Léa Seydoux dans la Vie d'Adèle
Léa Seydoux dans la Vie d'Adèle

La Vie d'Adèle, c'est le récit d'une jeune femme qui se découvre, qui se trompe, qui aime, qui évolue, qui s'épanouit, qui pleure, qui rit, qui vibre… et qui nous fait vibrer avec elle.

On entend encore I Follow Rivers résonner tandis qu'elle se déhanche lors d'une belle soirée d'été, sûrement l'un des slows les plus marquants de ces dernières années.

Oui, beaucoup d'images touchantes, de moments suspendus, de larmes, de crises, d'émois. Une quasi-odyssée émotionnelle sur la jeunesse et les histoires qui marquent durablement le temps et les êtres.


Une triple Palme amplement méritée, en attendant de connaître celle qui succédera à cette œuvre lors du Festival de Cannes 2026.


Voir la bande-annonce



Commentaires


Post: Blog2_Post

© 2024 / L U M I È R E

bottom of page