Heart of the beast - Critique immersive au coeur d’unsurvival aussi haletant que dépaysant

Heart of the beast, nouveau “sabotage” de David Hayer ?
Les critiques les plus hâtives traiteront Heart of the beast tel un blockbuster clinquant, un
épisode de feuilleton mélo, ou encore telle une énième représentation de la relation unissant
l’homme à son ami à quatre pattes. Néanmoins, ce serait juger sévèrement Heart of the beast qui a au moins le mérite de marquer les retrouvailles de David Ayer et Brad Pitt, douze ans après Fury.
Soyons honnête, le film n’est pas exempt de défauts et ne peut hélas s’empêcher de plonger
dans ses derniers battements, dans la gadoue américaniste.
Néanmoins, il occupe incontestablement une place à part dans la filmographie grumeleuse de David Ayer. Malgré lui, Heart of the beast est en quelque sorte un témoignage du pouvoir
hégémonique des majors dans le modèle américain, se démarquant immédiatement des
“Sabotages” auxquels le réalisateur nous avait grassement habitué.
La “Suicide squad” se retire en effet pour nous offrir une expérience immersive dépaysante et époustouflante; et l'œil du réalisateur semble s’effacer pour laisser place à un regard plus
humble, plus mélancolique, plus animal...
Un survival à quatre pattes sans jolis tours, ni filets de bave
Et pour cause, Heart of the beast est un survival à la hauteur d’un chien. Mais attention ! Pas n’importe quel caniche ! Un berger allemand, dressé pour servir les forces spéciales. Odin de
son nom, crève l’écran autant que son regard le dessine et s’impose immédiatement comme
un protagoniste particulièrement attachant. Le chien, abimé, tente de survivre non seulement aux cicatrices physiques et psychologiques que la guerre lui a laissées, mais aussi à une nature aussi sublime que périlleuse.
Là où Good boy de Ben Leonberg montrait la confrontation d’un chien avec des créatures
surnaturelles avec un registre horrifique, Heart of the beast capture donc son épopée dans unmilieu sauvage en reprenant tous les codes du survival.
En plus d’avoir traversé une diversité de paysages à couper le souffle, Odin peut se vanter de
s’exprimer avec une sincérité tout ce qu’il y a de plus humaine. En effet, Odin n’est pas
qu’un chien super-entraîné capable de traverser des routes escarpées ou de tenir tête aux plus fiers représentants du monde sauvage : ours, loups... Il s’agit d’un protagoniste sensible,
empathique... Bref, émouvant à en pleurer; et pour cause, la fin du film ne s’est pas faite sans
son lot de sanglots et de reniflements dans la salle.
Notre ami à poil a qui plus est la grâce de partager l’écran avec un certain Brad Pitt.
Alors oui, concédons-le, il est loin de s’agir du chien le plus philosophe du cinéma, Odin
ressemblant autant à Snoopy que Brad Pitt ressemble à Charlie Brown... mais c’est sans
doute pour le mieux; et quand bien même, Heart of the beast s’exprime de façon parfois un
peu clichée, il nous montre définitivement le chien comme le meilleur ami de l’homme.

Brad Pitt, brut et charismatique sous le masque abîmé d’unancien soldat des forces spéciales.
Aucun doute possible, Brad Pitt signe avec Heart of the Beast, une performance
complètement à part dans sa filmographie. Achille et Taylor Durden semblent bien loin
désormais...
Il est néanmoins amusant de retrouver Brad Pitt près de trente ans après Sept ans au Tibet,
isolé au cœur d’une nature foisonnante... comme répondant à une volonté de se perdre... ou
de se retrouver...
De plus, le lien unissant Odin à James Belmont nous a immédiatement rappelé celui unissant
Cliff à Brandy dans Once upon a time in Hollywood.
Quoi qu’il en soit, Brad Pitt est dans Heart of the beast, animé d’une énergie presque
animale, et est dans cette mesure le parfait reflet d’Odin. L’animalité de James Belmont est de fait, au même titre que l’humanité de son compagnon, autant synonyme de rage que de bonté.
De plus, s’il porte le masque d’un soldat viscéralement abîmé, luttant à bout de souffle pour
sa survie et celle de son fidèle compagnon; Brad Pitt, lui, semble infatigable.
Heart of the beast permet en effet à l’acteur de nous montrer une fois de plus, l’étendue de
ses compétences actorales. Malgré sa soixantaine entamée, Brad Pitt semble plus
charismatique et débordant d’énergie que jamais.
Tel Leonardo DiCaprio faisant face à un ours dans The Revenant, il affronte des loups
(modélisés par une CGI au réalisme tout relatif, mais tout de même...), se jette dans des
rapides, rampe dans la boue...
Les derniers instants passés avec James Belmont sont donc d’autant plus déchirants qu’on l’a vu se battre jusqu’à son extinction.
Après le déferlement de violence que le personnage a subi, les étoiles semblent enfin se
montrer... dans un ciel nocturne maquillé d’aurores boréales. Nuvole Bianche de Ludovico
Einaudi retentit alors. Coup de masse ? Coup de grâce ? Coup de maître ? La mort apaisée du protagoniste aurait presque pu nous soulager, si nous ne nous étions pas autant attachés à lui...

Ainsi, le nouveau film de David Ayer peut à prime abord s’apparenter à un blockbuster assez
banal, voire cliché, mais l’unicité de ses paysages et les performances d’Odin et Brad Pitt
rendent le film particulièrement remarquable.
Heart of the Beast s’impose donc finalement comme un très bon divertissement, voire comme un grand moment de cinéma.
Le film est toujours disponible en salles
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