Histoires de la nuit - Les histoires valent-elle la peine d’être racontées ?

Histoires de la nuit s’impose dans un premier temps comme un film assez prometteur. Voir Monica Bellucci, Bastien Bouillon et Benoît Magimel réunis devant une même caméra est immédiatement assez enthousiasmant, mais n’allons pas trop vite en besogne… La nuit est noire et l’égarement n’est pas à ignorer lorsque l’un suit impudemment des étoiles ensommeillées.
Promesses rompues et verres vides
Et pour cause : avant même d’arriver à la moitié du film, c’en est déjà trop. La coupe est pleine, mais le verre vide, et Bastien Bouillon est loin d’être le seul buveur. Il faut bien reconnaître que le spectateur peine à observer l’émotion de Thomas par d’autres biais que par sa façon d’enchaîner verre de whisky sur verre de whisky… Dans cette mesure, il semble que l’heure soit à la caricature, mais Histoires de la nuit est plus proche du gribouillis puéril que du portrait fellinien.
Le personnage campé par Bastien Bouillon est, qui plus est, loin d’avoir le monopole de l’inconsistance. La bouteille est au centre de la table. Bon nombre d’autres personnages n’apportent absolument rien à l’histoire et, lorsque de pauvres épouvantails ont le mérite d’avoir une importance dans l’intrigue, ils sont soit improbables, soit de pâles copies de leurs voisins : un arbre des possibles qui penche donc assez dangereusement.
Hafsia Herzi, l’actrice principale du film, paraît immédiatement fausse dans son interprétation, achevant la transition entre nuit et ennui. Après tout, difficile de juger son détachement vis-à-vis du récit, tant celui-ci sillonne sans jamais s’aligner avec les révélations qu’il vante. Les promesses sont rompues et les verres, vides. Les actions les plus inutiles acquièrent donc un poids illégitime, tandis que les révélations censées être les plus importantes sont à peine murmurées. Benoît Magimel semble pourtant camper une grande gueule.
La narration demeure ainsi étrangement découpée, ce qui a pour effet de faire passer les protagonistes pour des personnages d’arrière-plan et de faire oublier la force de leurs déclarations.
Le grain et le feu, alchimistes deus ex machina
Nous pouvons néanmoins souligner quelques qualités des Histoires de la nuit, telles que sa bande originale grave et sournoise. Les cordes de la contrebasse sont grattées d’une main ferme et accompagnent joliment la narration.
L’esthétique visuelle du film est, elle aussi, assez alléchante, mêlant grain et chaleur comme deux alchimistes deus ex machina. Même la pâleur de certaines images, fanal glaçant au cœur de l’obscurité, s’impose avec force.

Benoît Magimel et Monica Bellucci, figures importantes du cinéma et de la promotion du film, nous livrent, qui plus est, des performances tout à fait enviables. Benoît Magimel est en effet excellent dans son interprétation d’un ex-taulard scorsesien, penchant entre élégance et brutalité, et entre naïveté et manipulation. Monica Bellucci nous livre une performance qu’on pourrait véritablement qualifier de cadaverico-charismatique.
Cela dit, une contrebasse n’a hélas que quatre cordes et, à moins de souffler les bougies en ignorant cette obscure bacchanale, elles demeureront insuffisantes pour rendre onctueuse la crème renversée.
Le film est toujours disponible en salles
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